• Manon Ruffel

Caroline Pageaud, illustratrice de l'affiche des Reflets

La 38ème édition du Festival des Reflets du Cinéma Ibérique et Latino-américain vient de se terminer au Zola. Ce rendez-vous printanier et chaleureux auquel vous avez répondu présent·e était porté cette année par un visuel aux couleurs pastel et à l'atmosphère apaisante, réalisé par l'illustratrice Caroline Pageaud sous la direction artistique de Julien Saniel d'Atelier Chambre Noire. Pour prolonger encore un peu l'ambiance du festival, on vous propose de connaître un peu mieux celle qui a créé l'identité visuelle de cette édition.



Existe-t-il plus belle sensation que de se laisser flotter à la surface de l’eau ? S’allonger, se laisser onduler au rythme des flots, fermer les yeux... Plénitude absolue. Puis réouvrir les yeux, plonger son regard dans les nuages. Respirer. Reprendre conscience du monde et de ses sensations. Sortir la tête de l’eau. C’est l’idée qui se cache derrière le visuel de cette 38ème édition des Reflets du Cinéma Ibérique et Latino-américain, réalisée par l’illustratrice Caroline Pageaud, que l'on a interrogé pendant le festival.



D’où viens-tu et quel est ton parcours ?

Si on parle de point de départ géographique, je suis née à Beaune en Bourgogne, mais je vis et travaille à Besançon en Franche-Comté depuis 2017. Par les études, les voyages ou les rencontres, j’ai eu le plaisir de découvrir de beaux endroits en France et à l’étranger (Québec, Guadeloupe, Amérique latine, Népal, Cap vert...). Je travaille en tant que graphiste/illustratrice depuis 7 ans, et de manière indépendante dès le début, ça me permet de belles collaborations sans mettre de côté mon mode de vie.



Quelle a été ta réaction lorsque Julien Saniel t’a proposé de créer le visuel des Reflets 2022 ?

C’était assez drôle, j’étais sur la route de mes vacances, de passage à Villeurbanne justement... Je partais pour un mois de déconnexion dans les Pyrénées. J’étais super contente de sa proposition même si ça décalait un petit peu mon moment de « off » que je m’étais promis, mais il y a certains projets qui ne se refusent pas !



Comment s’est déroulé le processus créatif ? Quelles étaient les lignes directrices, et comment t’ont-elles inspirée ?

J’aime déjà comprendre avec qui je travaille, alors je regarde ce qui a été fait, l’existant. Pour le travail avec vous, j’ai parcouru votre site, vos programmations et les précédentes affiches, que j’ai trouvé très belles. Ça m’a rendu joyeuse de travailler sur la prochaine. J’ai ensuite beaucoup échangé avec Julien pour bien saisir l’enjeu, les attentes... J’ai tout de suite senti une grande confiance et beaucoup de liberté dans mon processus créatif, ce qui est pour moi la meilleure manière de me faire travailler ! J’avais très peu de temps, il fallait trouver dès le lendemain (ou presque) des idées et les passer vite en esquisse.


Je passe ensuite par une phase où je regarde beaucoup d’images, des photos, des sculptures, des captures d’écran de films de votre programmation... J’évite de regarder trop d’illustrations ni d’affiches pour ne pas faire l’erreur inconsciente de reproduire une idée qui marche pour un autre sujet. Je laisse ensuite infuser, je « dors » dessus. Je ne dessine pas beaucoup avant de me lancer, j’ai besoin de construire dans ma tête toutes les possibilités, je change les éléments, les couleurs, le personnage et le décor et quand je tiens une composition qui me semble équilibrée, je la dessine... Au noir et blanc tout d’abord. Une fois l’esquisse validée, il y a une étape « esquisse couleur », mais plus ou moins proche du final. La couleur se construit au fur et à mesure. Il n’est pas toujours facile de traduire ce que l’on imagine par une esquisse à son commanditaire, mais Julien a su, comme je le disais m’encourager et me faire confiance...


Affiche de la 38ème édition des Reflets du cinéma ibérique et latino-américain

Il émerge de l’illustration une certaine sérénité, une tranquillité, un sentiment de plénitude. Était-ce important pour toi de transmettre ces sensations à travers le visuel ?

Je crois que je fais les images que je vis... J’étais dans une maison dans la montagne, avec un grand soleil, bien entourée, dans une bulle de nature et de grand air, j’avais envie d’insuffler ce que je ressentais dans mon quotidien. Une immersion, un rapport au monde, un corps immergé, un instant partagé... Ce qui pour moi traduit l’expérience du cinéma, en tout cas celui que vous proposez.



Que représente la culture ibérique et latino-américaine pour toi ? As-tu un attrait particulier à la création artistique qui émerge de ces régions ?

J’ai voyagé presque 2 ans sur le continent latino-américain il y a quelques années, et j’ai pu ensuite découvrir la Catalogne par une belle rencontre ; j’ai même travaillé sur l’affiche de deux documentaires d’une amie réalisatrice catalane. Le lien s’est fait et continue naturellement, la culture ibérique et plus particulièrement latino-américaine m’a séduite enfant et continue de m’émerveiller. Littérature, cinéma, artisanat, nature... J’aime leurs contrastes, leurs reliefs et la couleur de leurs identités.



Ton univers est très proche de la nature, du monde végétal, de la montagne, de la mer... Trouves-tu en la nature une source d’inspiration au quotidien ?

Clairement, j’ai la chance de pouvoir déplacer mon bureau de temps en temps, et je n’hésite pas à sortir de mon quotidien pour des immersions plus ou moins longues dans la nature. Ça a toujours été la montagne, mais un voyage en voilier avec des amies m’a fait découvrir les reliefs aquatiques. Les voyages ont toujours fait partie de ma vie, et j’essaye de traduire ces moments-là par le dessin.

Tu travailles beaucoup avec l’effet crayonné, trait à trait, qui rappelle fortement les impressionnistes. Est- ce un mouvement artistique qui te parle ?

Oui ce mouvement m’a beaucoup inspirée : je me souviens avoir pleuré devant une œuvre de Van Gogh quand j’ai pu voir une de ses pièces lors d’une exposition à Paris. Renoir, Caillebotte, Turner et aussi Matisse... J’aime le mouvement, l’instant et les couleurs qu’ils mettent en scène. Ce qui est étonnant c’est que j’ai longtemps travaillé le noir et blanc avec la gravure. La couleur est apparue finalement assez tard, mais semblait latente, et maintenant elle prend toute la place !



Quel est ton rapport au cinéma et en quoi résonne-t-il dans ton travail ?

Le cinéma me passionne pour sa dimension politique... Je ne sais pas à quel point il résonne dans mon travail, mais c’est une source d’inspiration pour la force des récits et imaginaires qu’il propose. J’adore regarder le premier plan qu’offre un réalisateur, sa première image pour entrer avec lui dans son univers.


 

Retrouvez toutes les œuvres de Caroline Pageaud sur son site www.carolinepageaud.com et sur son Instagram.


Propos recueillis le 1er mars 2022 par Manon Ruffel.

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