• Manon Ruffel

Dans l’antre de "La Bobine hurlante", le podcast qui décortique le cinéma d’horreur

Dernière mise à jour : 20 déc. 2021

Lorsque Jess Lordi, Thierry de Pinsun et Léo Iurillo se retrouvent autour d’un micro, c’est pour y parler slasher, vengeance, massacre, fantômes, ou encore giallo. Au fil d’épisodes longs, entrecoupés de courtes pastilles hors-séries sur des sujets d’actualité ou des événements ponctuels, le trio infernal de La Bobine Hurlante éveille notre curiosité et nous plonge au cœur des oeuvres les plus macabres du cinéma. Pour aller plus loin, nous avons rencontré Eléonore, alias Léo Iurillio, co-fondatrice du podcast, avec qui on a parlé format audio, cinéma d’horreur, et création de contenus web. (Bannière : Why Don't You Play In Hell, Sion Sono)


 

Qui se cache derrière La Bobine Hurlante ? Que faites-vous en dehors du podcast ?

À la base, Thierry et moi on s’est rencontrés grâce au podcast Certains l'aiment à chaud dont on faisait partie, et que Jess a rejoint ensuite. Au bout d'un moment, on a eu vraiment envie de parler de cinéma de genre. On a donc créé La Bobine Hurlante, sur un format plus long. À côté du podcast, je suis, depuis récemment, assistante de direction dans une salle de cinéma parisienne. Le podcast est un complément de mon emploi, ça permet d’attiser ma curiosité et d’approfondir ma cinéphilie. Il y a encore aujourd’hui une vraie scission entre le milieu de la critique web (podcasts, YouTube, blogs etc…) et le milieu de l’exploitation, j’aimerai bien faire un peu bouger les choses là-dessus.

C’est d’ailleurs une question qui nous intéresse en ce moment au Zola : le format podcast, comme moyen de parler de films, mais aussi de ceux et celles qui font le cinéma, de tout cet écosystème qui travaille dans l’ombre (production, distribution, exploitation, festivals…). Selon toi, qu’est-ce qui fait la spécificité et la richesse de ce format ?

À l’origine, je suis plus à l’aise sur le format écrit. Je suis aussi rédactrice sur plusieurs blogs, et j’ai mon propre blog sur lequel je fais des critiques de films, et je couvre des festivals. Le format écrit permet de prendre le temps, de s’arrêter pour relire un passage, et j’ai plus de contrôle sur le contenu. Mais parfois, c’est bien de sortir de sa zone de confort, sur un format plus technique comme le podcast. Ce que j’aime dans ce format, c’est cette espèce d’intimité, de sensibilité qu’apporte l’audio. On est un peu comme dans un cocon avec les personnes, il y a une certaine proximité qu’on n’a pas avec l’écriture. J’aime aussi le fait que ce soit une activité qui nous accompagne dans les moments anodins de la vie : quand on cuisine, sous la douche, ou dans les transports. Ça rend ces petits moments plus stimulants.

© La Bobine Hurlante

Quel est le projet derrière la bobine hurlante, et comment se passe la préparation ?

Le projet part d’une envie d’approfondir notre curiosité personnelle. On essaie toujours d’aller dans des endroits qu’on n’a pas encore visité dans notre cinéphilie personnelle, d’aller vers des films qu’on n’a pas forcément vus. Mais ce qui est intéressant, c’est qu’on est tous les trois très différents, on a chacun notre culture, notre cinéphilie propre. Thierry a commencé à s’intéresser au cinéma d’horreur seulement récemment. Moi, j’ai toujours eu plutôt un attrait vers le cinéma d’horreur, mais plutôt du côté des auteurs, avec des films un peu plus expérimentaux dans les codes de l’horreur, et des cinéastes comme Haneke, Lars Von Trier... Jess, elle, c’est une vraie encyclopédie du cinéma d’horreur. On travaille de façon complémentaire.

D’où te vient cette passion du cinéma horrifique ?

Le cinéma d’horreur gros budget, ça n’a jamais été ma passion, mais dès l’adolescence j’ai commencé à me passionner par une espèce de violence latente au cinéma, qui se ressent sur la forme. C’est un peu cliché, mais ado, j’ai été très marquée par des films comme Requiem for a dream (Darren Aronofsky), ou Elephant (Gus Van Sant). Il y avait quelque chose de fascinant dans ce cinéma, j’essayais de comprendre l’impossible à comprendre. Lars Von Trier, par exemple, joue avec des sentiments humains qui te prennent aux tripes. J’ai aussi fait des études à Londres, ou je me suis intéressée à la figure de la femme dans le cinéma d’horreur. C’est là que j’ai découvert des genres comme le slasher, et la figure de la final girl.


Requiem for a dream, Darren Aronofsky (2000)

Décris-nous une séance d’enregistrement du podcast type.

On a une liste de films, et on choisit au hasard dedans. À partir du film, on décide d’une thématique. L’idée c’est ensuite de creuser de notre côté. On essaye de faire tourner le rôle de modération du podcast, on fait chacun notre tour la présentation de l’épisode. Ici aussi, on a chacun notre façon de faire. Moi je sais que j’aime bien préparer, avoir des notes. On essaye d’enregistrer 2 à 3 épisodes en une journée. C’est aussi un vrai moment de partage, où on se retrouve et on discute. Ensuite, c’est Jess qui s’occupe du montage, mais en général on ne coupe que très peu, car on aime ce côté « conversation ». On n’est pas dans une émission de radio classique, on aime garder ce côté spontané et humain. Parfois, on invite des copains et copines passionné·e·s. On aimerait bien faire un peu plus de hors-séries avec des invité·e·s, mais en terme d’organisation, c’est assez compliqué.

Es-tu toi-même consommatrice de podcasts ? Quels podcasts écoutes-tu ?

Oui ! J’ai commencé à écouter assidûment des podcasts depuis Certains l’aiment à chaud, avant j’écoutais plutôt des émissions en fonction du sujet, de manière anecdotique. J’écoute pas mal de podcasts cinéma évidemment : j’aime beaucoup Une invention sans avenir, sur un modèle plus préparé et plus écrit que La Bobine Hurlante, ou encore La Brise du Mammouth, dans lequel je suis intervenue récemment. En dehors des podcasts ciné, j’aime beaucoup C’est pas sorcières qui s’intéresse à la figure de la sorcière sous pleins d’aspects : des figures historiques de sorcière, à la lithothérapie, etc... J’écoute aussi pleins de podcasts sur le féminisme, comme Les couilles sur la table, Quoi de meuf ?, et des émissions de radios plus classiques comme celles de France Inter.




Tu fais partie, avec d’autres créatrices web (notamment Judith de la chaîne demoiselles d'horreur, et Mylène de la chaîne welcome to primetime bitch, que nous avons reçu récemment lors de notre Nuit du cinéma bis), de la S’Horrorité, un collectif féministe de créatrices autour du cinéma de genre. Raconte-nous un peu la création et l’ambition de ce collectif.

Tout est parti d’une simple conversation sur Instagram, créée par Mylène pendant le confinement. Elle avait ce désir de rassembler des créatrices web autour du cinéma de genre. On a ensuite commencé à proposer des lives sur YouTube, ça a bien fonctionné. Puis on s’est rencontrées en vrai, et une vraie amitié s’est créée. On a voulu l’amener au niveau supérieur en créant ce collectif. C’est assez récent, mais on est en train de monter un projet au-delà de la création de contenus web, pour essayer de mettre en avant d’autres créatrices du cinéma.

On commence à être invitées pour des conférences, des présentations de séance, des tables rondes. Le projet est de s’élargir, de montrer qu’il y a pleins de meufs qui aiment le cinéma d’horreur, et que ce n’est pas un genre réservé aux hommes !



 

Pénétrez dans l'antre du podcast La Bobine Hurlante juste ici.

Pour lire Eléonore, c'est ici.


Propos recueillis par Manon Ruffel.



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