• Quentin D.

Jean-Pierre Bacri : le râleur au grand cœur

Ce début d'année 2021 aura malheureusement signé la mort prématurée de Jean-Pierre Bacri. Auteur, scénariste, acteur et comédien, il était rentré dans nos mémoires pour ses personnages de râleurs au grand cœur. Une sorte de Droopy à la française cachant sous sa carapace bougonne un profond humanisme. Que ce soit chez Klapisch, Alain Chabat, Toledano/Nakache ou avec sa comparse Agnès Jaoui, Jean-Pierre Bacri est avant tout son propre personnage. Diction chevrotante, répliques cinglantes et mimiques désabusées composent cette véritable bombe à retardement. Car plus que ses tirades percutantes, Jean-Pierre Bacri est un acteur physique qui envahit l'écran de sa mine déconfite. Ce qui met en valeur ses explosions de colère moribonde, c'est la somme des petits moments qui les devancent. Cela, les nombreux réalisateurs ayant travaillé avec lui l'ont bien compris. C'est à eux de s'adapter au rythme si particulier du comédien. En lui laissant la latitude suffisante pour s'exprimer et en aménageant les moments de calme qui précèdent la tempête, Jean-Pierre Bacri transcende le cadre, l'infuse et cueille le spectateur au moment le plus opportun. Mais au-delà de son jeu et de ses répliques mémorables, les personnages de Jean-Pierre Bacri sont surtout des paradoxes. Qu'ils soient prolétaire ou bourgeois, tous possèdent le même dénominateur commun : incarnant l'archétype du français, bourru et sarcastique, on pourrait penser qu'ils sont des misanthropes. Non seulement il n'en est rien mais au contraire, le vernis cache en fait un profond amour pour le genre humain et ses petits travers ainsi qu'une réelle volonté de se remettre en question et s'améliorer. Que ce soit en apprenant à considérer sa femme dans Un Air de famille ou en faisant confiance à ses employés dans Le Sens de la fête, chacun des grincheux campés par Bacri sont mus par la volonté d'apprendre de son prochain. Nul doute que la sensibilité de l'acteur n'est pas étrangère à cet état de fait. Aujourd'hui, cette flopée de rôles sonne comme une leçon de vie. Jamais moralisatrice, toujours douce, parfois amère, nous la retiendrons comme une véritable profession de foi. En croquant nos travers, Bacri nous invitait à les dépasser tout en nous incitant à pardonner ceux des autres. Merci pour la leçon.


Quentin Dumas


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