• Gene Willow

LA GOULVE

Dernière mise à jour : févr. 6


Gene Willow, amateur passionné et passionnant de films étranges, décalés et méconnus, nous présente aujourd’hui son coup de cœur : La Goulve de Mario Mercier. Amoureux de la France et de son cinéma, Gene nous fait l’honneur de traduire en français l’un des articles de son blog : https://escapistsadvisor.blogspot.com/.


La Goulve (Erotic Witchcraft pour les anglophones), de 1972 est le film le plus mystérieux que j’ai pu chroniquer sur mon blog, et probablement l’œuvre la plus étrange que j’ai pu voir durant toutes mes années d’exploration de ce qu’on peut appeler l’Eurocult (le cinéma européen obscur).

Au cours de mes recherches approfondies à propos de cette œuvre, j’ai pu trouver plusieurs informations pertinentes à partager avec vous. Nous allons découvrir ensemble plusieurs faits et rumeurs sur ce film ainsi que son synopsis et son intérêt cinématographique à mes yeux. (spoiler : c'est l'un des meilleurs films qu’il m’ait été donné de voir).


Maintenant, passons aux choses sérieuses.

La Goulve est un film d’épouvante mystique tourné en 1972 par Mario Mercier, plus connu pour sa dernière œuvre La Papesse en 1975. La Goulve n’a jamais été éditée sur des supports officiels et on ne trouve actuellement que des copies VHS pirates de basse qualité. Depuis 2011, des sous-titres anglais ont pu être rajoutés grâce à des fans invétérés. Vous comprendrez donc que non seulement cette œuvre est intéressante par sa rareté, mais vous verrez aussi que celle-ci représente un long métrage éminent de la filmographie de Mario Mercier.


D’après sa revue sur IMDb, La Goulve a été bannie avant même sa sortie officielle. L’une des actrices principales, après avoir vu le travail achevé, a été tellement effrayée par le résultat final qu’elle s’est plainte directement aux autorités françaises qui ont confisqué l’unique copie et ont strictement interdit sa sortie en salle pour cause de violation des normes morales. Bien heureusement, d’obscurs cinéphiles ont réussi à retrouver la trace de cet objet maudit dont nous pouvons profiter cinquante ans après sa disparition.


Dans cet article, on retrouve un témoignage du producteur Bepi Fontana, qui confirme que le film a pu tourner en salle pendant onze semaines à Québec avant d'être banni par l’Office Catholique Québecois. L’érotisme sorcier dépeint dans l'œuvre présente une violence impie qui effraya la communauté religieuse outre mesure. La Papesse fera face au même problème.

Un de mes lecteurs, Denis McDuff, s’est rapproché de moi et m’a témoigné les circonstances dans lesquelles il a découvert La Goulve à l’âge de quatorze ans en 1974. Le film était projeté en double programme au cinéma familial Saint-Denis de Montréal, avec The Legend of Hell House en film majeur, et Denis y était avec son père. Pendant plus d’une semaine, La Goulve a été accessible aux moins de dix-huit ans… !

Le générique de fin attribue à Claude Déplace le titre de conseiller en occultisme. J'ai découvert que Claude Déplace était un gourou ésotérique assez connu en France qui avait sa propre secte occulte qui pratiquait des rituels consistant à se rassembler nu autour d'un feu de joie la nuit dans les bois, à brûler sa peau avec un bâton ardent et probablement beaucoup d'autres choses étranges …


La revue mentionne également que Bepi Fontana ajouta plusieurs éléments au final cut pour permettre au film de mieux se vendre. Mario Mercier ne lui pardonna jamais ce qu’il considéra comme un vrai gâchis de son œuvre initiale.


« Mercier ne pardonna jamais Bepi Fontana pour avoir malmené son film … Et [Pete] Tombs (directeur de la collection Mondo Macabro), qui a récemment trouvé une version 35mm de La Goulve, n’a jamais pu la sortir en DVD à cause de ce litige. »


Vous trouverez ci-dessous une interview de Mario Mercier à propos de son film :


Et ici vous pouvez voir plusieurs captures de la version restaurée. Je n’ai pas pu trouver d’informations à propos de cette version, si elle existe vraiment, ou si ces captures ont été colorisées à la main depuis les VHS, ou si il existe un fichier de très haute qualité hors de portée des simples mortels fanatiques du cinéma de genre. En voici quelques unes :



Mais de quoi parle La Goulve ?


Un petit garçon rencontre un magicien qui lui apprend la sorcellerie pendant plusieurs années. Lorsque le magicien vieillit et meurt, le garçon est déjà un jeune homme, rencontrant plusieurs problèmes avec les femmes. Afin de résoudre ces ennuis, il applique ses compétences magiques sur les femmes d'une manière inappropriée pour un gentleman, avec l'aide d'une entité attrayante, effrayante et dangereuse venue d'un autre monde : La Goulve.


Il émane de l'œuvre une ambiance mystique, relaxante, d'un autre monde. De nombreux réalisateurs de cette époque, exploitant le sujet de la sorcellerie, ont réussi à des degrés divers à entraîner le spectateur dans un état hypnotique singulier. Ce film est l'un des meilleurs exemples pour y parvenir.


La seconde moitié du film ressemble à un rêve psychédélique, ou à une virée dans le monde de la magie noire impitoyable et incontrôlable, accompagnée d'une bande-son effrayante, amplifiant l'impression de perte de contrôle. Même la faible qualité de la copie, entraînant des couleurs irréalistes de l'image à l'écran, ne fait qu'ajouter de l'étrangeté, ce qui rend l'expérience de visionnage spéciale.


La Goulve - l'entité magique - est particulièrement charmante. Elle était jouée par Marie-Ange Saint Clair, que l'on peut également voir dans une comédie érotique légère - Le Bordel, 1ère époque; 1900 (José Bénazéraf, 1974, France). Dans Le Bordel... elle est créditée sous le nom de Marion Saint-Clair, et je n'ai trouvé aucune information sur elle personnellement ou sur d'autres films avec elle en dehors de ces deux-là.













Mises en garde


Malgré mon attrait pour l'œuvre, j’y trouve quelques moments courts assez désagréables :


1) Le sacrifice d’un oiseau lors d'un rituel. Cela semble trop graphique, ce qui vous fait vous demander si l'oiseau a vraiment été assassiné pour filmer la scène.

2) Une femme dansant sur quelques petits serpents, marchant pieds nus sur eux.


À mon avis, cette violence était totalement inutile, et je ne profiterais pas moins du film si ces scènes en étaient absentes.


En dépit de son obscurité, la sorcellerie érotique de Mario Mercier est un exemple notable de Cinéma fantastique français. Je le recommande vivement à toutes celles et ceux qui s'intéressent sérieusement aux films cultes underground européens ainsi qu'à tous ceux qui ont un faible pour les arts étranges et impopulaires.

66 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout

BLANCHE