• Quentin D.

Lars Von Trier : du narcissisme à l'humilité



À l'occasion de sa diffusion sur Arte, retour sur The House That Jack Built de Lars Von Trier : controversé depuis sa diffusion à Cannes en 2018 en raison de nombreuses scènes de violence gratuite, le film suit le parcours de Jack, un tueur en série atteint de troubles obsessionnels compulsifs, cherchant à se bâtir une maison parfaite tout en se livrant à des meurtres qu'il considère comme des œuvres d'art. Un postulat qui permet à Lars Von Trier de se livrer quasiment à nu en faisant de Jack son alter-ego métaphorique.


En effet, alors que Jack est guidé en enfer par Verge, une représentation de Virgile jouée par Bruno Ganz, il philosophe sur le sens de sa vie en narrant cinq incidents marquants de cette dernière. Chacun d'entre eux étant une clef pour parvenir à comprendre la psyché de Jack, et donc son essence créative, puisque c'est de ça qu'il s'agit.



Par ce truchement de point de vue, Lars Von Trier parle donc de lui, de ses névroses, obsessions et ambitions. N'hésitant pas parfois à faire dans l'auto-citation en incorporant des extraits de ses propres films pour illustrer certains des soliloques de Jack. Les renvois sont nombreux, provocateurs et directs. Comme lorsque Jack aborde l'architecture nazie et Hitler en rappel à l'éviction de Cannes de Lars Von Trier. Un auto-diagnostique infernal et totalement mégalo que le réalisateur danois assume sans commune mesure.



Mais au-delà de son égocentrisme insolent, The House That Jack Built laisse transparaître une modestie douce-amère proche de la fatalité. Comme Jack, Lars Von Trier se condamne aux enfers pour avoir péché par excès de confiance. Comme Jack, il sait que malgré ses efforts, son œuvre restera à jamais imparfaite et que, contrairement aux icônes qu'il évoque (Glen Gould, Delacroix...) son empreinte dans le temps ne sera pas impérissable. Comme Jack, encore une fois, il laisse transparaître certains regrets derrière sa suffisance de façade.


Là se trouve toute la beauté de The House That Jack Built. Derrière sa provocation puérile et son auto-complaisance narcissique, le film révèle les doutes et les psychoses d'un cinéaste à fleur de peau se dévoilant avec une humilité rare dans ce qu'il a de meilleur comme de pire.

Vous pouvez voir le film cette semaine en le louant sur notre e-salle sur La Toile

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