• Quentin D.

Rio Bravo en Aveyron

Je me souviens parfaitement de ma première découverte de Total Western. Sorti au printemps 2000 en pleine fête du cinéma, ce thriller sur-vitaminé à la française fut une petite claque pour l'adolescent que j'étais. Réalisé par Éric Rochant (Le Bureau des Légendes), porté par Samuel Le Bihan (Le Pacte des Loups), totalement méconnu du grand public, cette série B furibarde à mi-chemin entre Peckinpah et Tarantino dégouline de qualités.



Rien que son postulat de départ tient du génie. Contraint de se faire oublier quelques temps après un deal qui tourne mal, Gérard Bédécarax (Le Bihan), dit Bédé, se fait passer pour éducateur spécialisé au sein d'une maison de réinsertion pour jeunes délinquants isolée en pleine campagne. Évidemment, on le cherche, et pas pour jouer aux dames.


De cette rencontre entre grand banditisme (la mafia de l'est) et petite délinquance, Éric Rochant tire un film à l'action jubilatoire, aux dialogues ciselés et aux punchlines hilarantes. Il faut voir Jean-Pierre Kalfon, dans l'un des meilleurs rôles de sa carrière, s'éclater à jouer les méchants de comic-book. Samuel le Bihan, face à lui, campe le cow-boy mutique qui parle comme il dégaine. Faisant mouche à chacune de ses répliques. Entre ces deux archétypes monolithiques, les jeunes se retrouvent croqués avec plus de justesse. Cons, parfois stupides mais également malins et irrévérencieux. Cette petite bande de caïds en devient touchante tant ils se retrouvent dépassés par le déferlement de violence à laquelle ils sont confrontés.



Car, oui, de la violence, il y en a pas mal dans Total Western. Oscillant constamment entre un premier degré percutant et une débauche gaguesque, Éric Rochant transforme sa fermette de l'Aveyron en véritable Fort Alamo. Le titre n'est point mensonger. Ça explose, tire et commet des exactions dans une impunité totale (les flics, souvent évoqués mais jamais présents). Un terrain de jeu inédit dont le réalisateur tire une mise en scène efficace et toujours ludique dans son approche de la spatialisation. Les échanges de coups de feu sont âpres et brutaux comme ceux de l'Ouest américain.


Et si le récit paraît simple, il n'est en réalité jamais simpliste. Plutôt bien ficelé, en dehors de quelques raccourcis narratifs, son approche sociétale est tout un symbole, faisant l'originalité du film. Cette confrontation entre les figures d'une époque révolue et une nouvelle génération de voyous obligée de répondre à la violence par la violence, sonne un peu comme une passation. Un constat qu’Éric Rochant s'amuse à porter jusqu'à son chant du cygne dans un épilogue crépusculaire à la sauvagerie ubuesque.

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